Le KOMO, institution socio-religieuse commune aux deux groupes du peuple Mandé

Bonjour à toutes et tous,

Pour ceux et celles qui ne le savent pas, le KOMO ou KOMA ou KOMO-souroukou est une institution socio-religieuse commune aux deux principaux groupes du peuple Mandé, les Malenké, les Bamana, et à leurs proches parents, les Kagoro, comme aux peulh(e)s du Wassoulou, du Manding, du Fouladougou et du Birgo qui ont abandonné leur langue et ont adopté, depuis des siècles, les us et coutumes et surtout la langue Bamana ou Malinké.

Il se rencontre également chez les Kokoroko de Bougouni, et dans certains groupes ethniques qui l’ont adopté, les Minianka et les Senoufo de San, Koutiala et Sikasso. Son aire géographique s’étendait il y a encore quelques décennies, de la Haute-Guinée au Sud de la Mauritanie, du Sénégal oriental au lac Débo (au Mali).

Sur le plan historique, l’institution du Komo semble aussi avoir déjà existé sous une forme très comparable à celle des Kagoro, premiers occupants probables du Ouagadou et chez les Soninké. Elle est cependant postérieure aux sociétés de chasseurs qui sont reconnues comme les premières organisations collectives masculines. Sous sa forme actuelle, le Komo a connu une grande extension au temps de l’empire du Mali (Manden) et s’est diffusé en même temps que s’étendaient les frontière et l’influence culturelle de cet empire.

La création du culte du KOMO est attribuée par une très ancienne tradition à 17 forgerons dits les « dix-sept hommes du Komo initial » (Komo folo tyé tan ni wolon fila), qui sont encore honorés lors des cérémonies. Sur le plan des traditions historiques des peuples du Mandé, l’extension de ce culte au début du Xllle siècle est l’oeuvre des forgerons Doumbia (Doumboula), Sissoko et Koromaka (regroupés sous l’appellation commune de Blaw) qui agirent sous l’impulsion de leur Ancêtre Fakoli, lequel fut à la fois prêtre et guerrier (il ne s’agit pas du Fakoli dans le Kirina kalabén avec Sounjata, mais de son Ancêtre).

Le KOMO était généralement présent dans toute agglomération d’une certaine importance démographique ; les habitants des hameaux qui n’avaient pas d’organisation socio-juridique étaient initiés au KOMO de leur village d’origine. Il n’en est plus de même aujourd’hui, car après avoir victorieusement résisté aux troupes des trois conquérants et « prophète soudanais » du XlXe siècle, Sékou Amadou, Elhadj Oumar Tall et Almamy Samory Touré, il a été battu en brèche, à la faveur de la conquête, et notamment à la fin des deux guerres mondiales, par l’islamisme qui bénéficia, dans ce domaine précis, de la bienveillance de l’administration coloniale et de l’appui actif des indigènes de cette dernière, qui étaient en majorité des musulmans. Il s’est cependant maintenu dans de nombreux groupes et ceci à cause de ses bases religieuses qui sont celles d’un monothéisme irréfutable, à cause de la richesse des connaissances qu’il détient et de la profondeur de l’enseignement qu’il distribue.

Le Komo est l’une (est la plus importante) des six grandes institutions masculines Bamana – Malenké, groupées sous le terme générique de « dyo baw » et qui sont, dans l’ordre : le N’domo, société des incirconcis ; le « Namakorokoun« , des sociétés de culture (san séné tôn) englobant incirconcis et circoncis, dont le masque tyiwara est l’emblème ; le KOMO auquel on accède obligatoirement après la circoncision ; enfin le Nama, le Kono et le Koré, sociétés auxquelles peuvent adhérer les jeunes gens et les adultes s’ils désirent parfaire leur connaissances et asseoir leur autorité.

Société masculine d’initiation, le KOMO – signifiant littéralement : » pêcher dans la mare » – est situé à mi-chemin entre le N’domo, confrérie cultuelle des incirconcis, « mère, origine et commencement de tout culte » , qui donne à l’enfant un premier apprentissage, et le Koré, « société cultuelle des hommes âgés », qui propose à l’homme « de se dépasser, de dépasser la vie pour s’élever vers le néant et vers Dieu » .

Le KOMO a pour but de « permettre à l’homme de se connaître lui-même », « l’homme qui est le centre des créatures et le résumé de la création » .

Ainsi donc, le KOMO se veut le dépositaire, l’unique dépositaire de l’ensemble des valeurs spirituelles et de toutes les autres valeurs de l’ensemble de l’univers tangible.

Ces valeurs, il est sensé les détenir du créateur, Danbaa, l’unique maître dont les adeptes glorifient l’unicité avec insistance et force dans une profession de foi toujours répétée au cours des cérémonies.

Ma-Kelen Un seul maître

Danbaa-kelen Un seul créateur

Sébaa-kelen Un seul puissant

Faama-kelen Un fort (roi)

Sira-kelen Une seule voie

Dyo-kelen Une seule culte (ou un seul serment)

Sôn-kelen Une seule soumission

Ci-dessous les appellations qui désignent cette société dans les régions occupées par les Bamana et les Malenké et leur significations :

  1. Koo moo, « mare – fruits mûr, prémices » prémices de la mare.

  2. Komo « mare – pêche » pêcher dans la mare.

  3. Komo « choses abstraites – pêche, pêcher » pêcher les choses abstraites

  4. Koma « choses abstraites – maître » le maître des choses abstraites.

  5. Koma « choses abstraites – mère » la mère des choses abstraites

  6. Komo suruku « mare – qui pêche – barboteuse, fouilleuse », l’hyène qui pêche dans la mare (nom commun de l’hyène, mais surtout de l’hyène « noire », grise)

En quoi consiste ses valeurs ? C’est « la connaissance passée, la connaissance présente, la connaissance à venir ; la connaissance qui nous vient de Dieu et mène vers Dieu, tout ce qui vient de Dieu et retourne vers Dieu ».

De plus le Komo est le fondement, dyou, et le substratum, ba sigui, de la société.

L’entrée dans la société du Komo était obligatoire pour tous les jeunes garçons ayant subi la circoncision ; elle a lieu à la fin de la retraite qui suit l’opération proprement dite. Le culte assure l’éducation, la formation culturelle, politique, sociale et religieuse de ces derniers. Il est dit : « culte des Bamana authentiques », yéré wolo dyo. Son enseignement commence avec l’instruction donnée aux jeunes circoncis pendant la retraite et se poursuit durant toute la vie, car « il est aussi inépuisable que le savoir » .

Ainsi le KOMO se veut le garant de la continuité des traditions et de la culture ancestrale, comme le gardien de la cohésion et de l’ordre de la société. C’est pourquoi il assure en secret la police dans la communauté et punit de mort, dite rituelle, tous ceux qui « rompent  » les interdits, autrement dit, qui transgressent les lois ancestrales.

Extrait du livre « LE FONDEMENTS DE LA SOCIÉTÉ D’INITIATION DU KOMO

De Youssouf Tata CISSE et Gemaine DIETERLEN

On voit bien que l’institution du KOMO est antérieure à l’avènement des religions dites « révélées », dans le grand Mandé.

On voit bien qu’elle n’a pas été « révélée » à nos Ancêtres, mais elle est le fruit de la pensée et de la réflexion humaine, Ce sont ces pensée et réflexion ( miri ni taassi ) qui nous (humains) différencient des autres créatures animales.

Nos Ancêtres n’étaient pas des animaux, ils étaient humains, dotés de pensée et de réflexion et ils s’en sont bien servi pour pour leur bien être et celui de leur postérité.

Sur le plan éthique, les religions dites révélées n’ont rien apporté au Mandé qui n’existait déjà, à part les prières collectives dans les mosquées et les églises.

A chacun de juger, à partir de cette définition du KOMO, s’il est conçu pour faire peur ou pour « tuer le peul ».

Je pense qu’il est temps que nous comprenions que : Peul, Bamana, Soninké etc… sont un seul et même peuple, qui ont vécu des siècles ensemble avant l’arrivée des envahisseurs étrangers.

En conclusion :

Le KOMO n’est pas plus secret que toutes les autres religions dites révélées ou toutes autres institution de formation et d’enseignement, il n’est pas là pour tuer ni pour faire peur, mais pour faire tout le contraire.

De même que n’importe qui ne peut accéder à l’intérieur du Vatican, de la Caaba, de la Maison blanche, d’une base militaire, d’un amphithéâtre universitaire etc…, le sanctuaire du Komo n’est ouvert qu’à des initiés du Komo.

Les Bamana et Malenké disent : « So dôn, Yiri dôn, Yéré dôn dé nyogonté«  (la connaissance de soi doit précéder toutes les connaissances).

Ils disent aussi :  « Alla ma mokosi kunakolon to fo yérédombali«  (Dieu n’a laissé personne dans l’ignorance sauf celui qui s’ignore)

Dieu s’est révélé à toute sa création car il est la somme de toute sa création. 

Que la paix soit, qu’elle se développe, qu’elle se tende et qu’elle demeure entre nous à jamais.

Votre Baadenké Demba COULIBALY

Article écrit le 26 Août 2018

Publié initialement/également sur le forum Malilink

Publié sur le site 3RNA-Maaya ce jour, 11 Août 2019

Version PDF téléchargeable/disponible ici: Le KOMO, institution socio-religieuse commune aux deux groupes du peuple Mandé

 

Leave a Reply